
Dans l’imaginaire collectif, les cités englouties évoquent l’Atlantide. Cette île signalée dans les œuvres de Platon suscite encore de nombreuses interrogations : s’agit-il d’une fiction ? A-t-elle véritablement disparue sous les flots après un cataclysme ? Il existe de nombreuses hypothèses sur sa localisation. Toutefois, aucune preuve archéologique ne les confirme. En revanche, l’archéologie sous-marine permet de localiser de réelles cités englouties. Leurs études nous en apprennent davantage sur les anciennes civilisations.
Pavlopetri (Grèce)
Pavlopetri gît dans le golfe de Laconie, en Méditerranée, à quelques mètres de la côte. L’océanographe Nicholas Flemming en fit la découverte en 1967, à l’extrémité de la pointe de la Grèce.
La plus ancienne cité engloutie connue à ce jour
Les fouilles sous-marines entreprises entre 2009 et 2013 par John Henderson permirent de collecter une multitude de données. Les artefacts datent de 5500 à 1100 av. notre ère. Cependant, aucun indice ne révèle le nom antique de la cité. Pavlopetri est le nom de l’îlot situé à proximité des vestiges immergés.
Le site archéologique s’étend sur une superficie de 8 hectares. Plusieurs traits de côte successifs et une datation au carbone 14 indiquent que la disparition de cette cité a été progressive, après au moins 3 séismes à partir de 1000 av. notre ère.
Topographie de la cité
Pavlopetri connut son apogée durant l’âge du Bronze. Grâce aux fondations, il est possible de reconstituer sa configuration, avec des rues, des quartiers d’habitation constitués de maisons à étages et dotées d’une cour, ainsi que des entrepôts. Les nécropoles occupent plusieurs espaces.
- Une soixantaine de tombes creusées dans une bande rocheuse constitue le seul secteur d’inhumation émergé. Les chercheurs supposent qu’il surplombait la cité.
- Sous l’eau, les archéologues ont découvert sur toute la ville une quarantaine de sépultures dites « tombe à ciste ». Il s’agit de coffrets constitués de quatre panneaux et scellés d’une dalle de pierre. Tous se trouvaient à l’intérieur de bâtiments. Les archéologues supposent qu’il s’agissait de sépultures d’enfants.
- À l’est, deux tombes à chambres, creusées dans ce qui est aujourd’hui un récif, ont été identifiées comme des tombes familiales datant de l’ère mycénienne (1650 à 1100 av. notre ère).
Pour aller plus loin :
- Pavlopetri, la cité engloutie. L’archéologie sous-marine 3D. Réal. P. Olding, BBC, 2011.
Canope (Égypte)
La cité égyptienne que les Grecs nommaient Canope se trouve sur la péninsule d’Aboukir. En partie submergée, les fouilles sous-marines de Franck Goddio permirent de la localiser à partir de 1996. Cependant, les égyptologues connaissaient l’existence de cette cité grâce à un document historique : le « décret de Canope » datant de l’an 9 du règne de Ptolémée III, soit 238 avant notre ère.
Le décret de Canope
Sous les règnes des Ptolémée, les décrets royaux étaient diffusés partout en Égypte grâce à des stèles installées dans les villes. Sept portant le décret de Canope ont été découvertes.
- Six sont trilingues, c’est-à-dire qu’elles présentent le même texte en hiéroglyphes, démotique et grec.
- Une, découverte en 2025 à Tell Farâoun, comporte uniquement le décret en hiéroglyphes.
Ce document nous apprend que le nom égyptien de Canope était P(r)-Gw.t. Il relate que les prêtres d’Égypte s’y réunirent pour promulguer une réforme du calendrier égyptien. Celle-ci consistait à ajouter tous les 4 ans un jour supplémentaire à l’année.
Les temples de Canope
Le décret signale l’existence d’un temple dédié à Osiris. Chaque année durant la célébration des mystères de ce dieu, l’édifice sacré accueillait une procession en provenance du grand temple d’Amon de Gereb situé plus à l’est, à Thônis. Durant cette procession, la barque d’Osiris naviguait sur le grand canal reliant cette autre cité à Canope. Les fouilles sous-marines ont permis d’en apprendre davantage sur cette procession nautique. Les archéologues pensent en effet avoir identifié le canal reliant les deux anciennes cités. Il contenait de nombreuses pièces de vaisselle d’offrande : des plats, des coupes, des louches… témoignages des rites célébrés par les prêtres.
Les fondations d’un autre grand sanctuaire de Canope furent aussi mises au jour : le Sérapeum, dédié à Sérapis, un dieu créé par Ptolémée Ier Sôter, fondateur de la dynastie. Signalé dès l’Antiquité par plusieurs auteurs anciens, le temple fut probablement détruit par les Chrétiens au IVe siècle de notre ère.
Pour aller plus loin :
- Franck Goddio (dir), Trésors engloutis d’Égypte. Milan, Paris, 2006.
- Jean Yoyotte, « Osiris dans la région d’Alexandrie », dans L. Coulon (éd.), Le culte d’Osiris au Ier millénaire av. J.-C. Découvertes et travaux récents. Actes de la table ronde international tenue à Lyon Maison de l’Orient et de la Méditerranée (université Lumière-Lyon 2) les 8 et 9 juillet 2005, BiÉtud 153, Le Caire, 2010, p. 33-38.
- Ahraminfo, Découverte archéologique en Egypte.
Thônis-Héracléion (Égypte)
D’après les auteurs anciens, Thônis était une ville portuaire qui abritait un temple dédié à Héraclès. C’était aussi le point d’entrée en Égypte des navires souhaitant remonter le Nil vers Naucratis, port de commerce grec fondé au VIIe s. av. notre ère. La ville disparaît des sources écrites à partir du VIIIe s. de notre ère et son emplacement fut perdu durant plusieurs siècles.
La redécouverte de cette cité égyptienne
En 2000, Franck Goddio et son équipe localisèrent le site de Thônis-Héracléion dans la baie d’Aboukir et purent le cartographier. La ville fut vraisemblablement engloutie vers les VII-VIIIe s. de notre ère, prise dans l’envasement de la branche canopique. Les sédiments analysés par les géologues indiquent, en effet, un phénomène de liquéfaction : une secousse sismique aurait entraîné l’expulsion de l’eau présente dans le sol instable. La ville se serait alors inexorablement enfoncée dans le sol, avant de disparaître sous les eaux.
Cependant, son engloutissement a permis sa préservation. Selon les archéologues, la ville s’élevait sur plusieurs îlots séparés par des voies d’eau et des ports. Les statues colossales de souverains lagides découvertes témoignent de l’activité architecturale au sein de la ville durant l’époque ptolémaïque. Les épaves et les ancres montrent qu’elle était fréquentée par des marins venus de Chypre, de Phénicie… Le principal temple était dédié à Amon de Gereb et à son fils Khonsou, identifié par les Grecs à Héraclès.
Un décret du pharaon Néctanébo Ier
Le document historique le plus notable découvert durant les fouilles sous-marines est une stèle de l’an 1 du règne du pharaon Néctanébo Ier (380 av. notre ère). L’égyptologue Jean Yoyotte en a établi la traduction intégrale. La stèle nous apprend que la ville était un poste douanier. Elle comporte un décret qui instaurait sur décision du roi une taxe au profit du temple de Neith de Saïs. Cet impôt était spécialement prélevé sur les marchandises transitant par Thônis et Naucratis.
Si le même décret est connu par une autre stèle découverte en 1899 sur le site de Naucratis, seul ce document historique confirme le nom antique du site, T(ȝ) Ḥn.t, grécisé Thônis, et son emplacement précis. Elle résout ainsi, selon les termes de F. Goddio « une énigme de géographie historique ».
Pour aller plus loin :
- Franck Goddio (dir), Trésors engloutis d’Égypte. Milan, Paris, 2006.
- Jean Yoyotte, « Osiris dans la région d’Alexandrie », dans L. Coulon (éd.), Le culte d’Osiris au Ier millénaire av. J.-C. Découvertes et travaux récents. Actes de la table ronde international tenue à Lyon Maison de l’Orient et de la Méditerranée (université Lumière-Lyon 2) les 8 et 9 juillet 2005, BiÉtud 153, Le Caire, 2010, p. 33-38.
- Franck Goddio, Anne-Sophie von Bomhard, Catherine Grataloup, « Thônis-Héracleion : Mémoire et Reflets de l’Histoire Saïte », JEA 106, 2020, p. 171-186.
Néapolis (Tunisie)
Dès le Ve siècle av. notre ère, l’auteur grec Thucydide mentionne Néapolis, « ville nouvelle » en grec . Il s’agit, à cette époque, d’un comptoir carthaginois. Elle devient une colonie romaine dès la fin du Ier siècle av. notre ère.
Le site archéologique, mis au jour à partir de 1965, se trouve en bord de mer près de l’actuelle Nabeul. Il abritait les demeures de riches familles, dotées d’imposantes mosaïques. La maison des Nymphes en est le plus bel exemple.
Néapolis possédait aussi un complexe de fabrication de salaison de poissons et de fabrication de garum, considéré comme l’un des plus grands du monde romain.
Le garum est une sauce composée de restes de poissons fermentés.
À partir de 2010, des fouilles sous-marines mirent au jour le port et une partie de la cité immergés dans la baie de Nabeul. Ces découvertes confirment les propos de l’auteur romain Ammien Marcellin sur la destruction de la cité au IVe siècle de notre ère, suite à un tsunami.
Début 2026, une tempête révèle de nouveaux vestiges en cours d’identification.
Pour aller plus loin :
- Agence de Mise en Valeur du Patrimoine et de Promotion Culturelle (AMVPPC)
- La Presse, « Les tempêtes lèvent le voile sur des trésors archéologiques à Néapolis et Kerkouane »
- Centre Camille Jullian
Baïes (Italie)
L’étonnante cité de Baïes est aujourd’hui en partie immergée dans le golfe de Pouzzoles, près de la baie de Naples. Durant l’Antiquité, c’était un lieu de villégiature pour les notables de la République romaine. À partir du IIIe siècle de notre ère, les sols commencèrent lentement à s’affaisser en raison de l’activité volcanique.
La partie haute du site est dégagée à partir de 1923 par l’archéologue Amedeo Maiuri. Les fouilles se poursuivirent durant tout le XXe siècle et dévoilèrent un imposant complexe thermal comprennent plusieurs thermes et des villas.
De nombreux vestiges sont à plusieurs mètres de fond, si bien que le site est aussi appelé « la Pompéi submergée ». Parmi les plus remarquables :
- le Nymphée de Punta Epitaffio, datant de l’époque de l’empereur Claude. Il s’agissait d’une salle rectangulaire (environ 18 m sur 10 m), avec un bassin au centre et se terminant par une abside semi-circulaire revêtue de marbre. Il comportait un ensemble de statues en marbre. Un groupe représente un épisode de l’Odyssée : Ulysse et le cyclope Polyphème. Les statues sont aujourd’hui au Musée archéologique des Champs Phlégréens à Bacoli. Des copies se trouvent à leur place originelle ;
- les mosaïques de la villa dei Pisoni, du nom de la famille romaine à laquelle les archéologues attribuent la villa. Au sein de cette demeure, un complot contre l’empereur Néron fut fomenté.
Pour aller plus loin :
*Par Ruthven – Travail personnel, CC0, commons.wikimedia
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