Sorcellerie en Franche-Comté. L’affaire Françoise Secrétain

Salem abrita la série de procès pour sorcellerie la plus célèbre de l'Histoire. Enquête sur un procès français au XVIe siècle.
Witchcraft at Salem Village, illustration extraite de Pioneers in the Settlement of America (1876). Unattributed, Public domain, via Wikimedia Commons

En 1598, le village de Coyrières, dans le canton de Saint-Claude, se trouve au cœur d’une affaire de sorcellerie. Une petite fille est en proie aux démons.

Enfant possédée et accusation de sorcellerie

Un jour de juin 1598, les parents de Louyse Maillat découvrent leur fillette de 8 ans marchant à quatre pattes, avec pour seule expression une bouche tordue. Sorcellerie ! Ses parents, pour qui l’exorcisme est le seul recours, la conduisent au prêtre du village. On découvre alors que l’enfant porte en elle cinq démons nommés respectivement Loup, Chat, Chien, Joly et Griffon. Qui a ensorcelé Louyse Maillat ?

Une sorcière nommée Françoise Secrétain

Dans un moment de lucidité, Louyse affirme que c’est une femme qui lui a jeté un sort, et son nom est Françoise Secrétain. On l’appelle aussi « la grosse Françoise de Coyrières ». Cette femme, âgée de 58 ans, est une mendiante des alentours.

La veille, les parents de la fillette avaient logé la mendiante pour la nuit. L’enfant raconte que, seule à la maison avec ses jeunes sœurs, la vieille femme lui aurait présenté une croûte de pain noir en lui ordonnant de la manger. Françoise Secrétain aurait menacé de la tuer et même de la dévorer, si elle révélait l’histoire à ses parents.

Françoise Secrétain est jetée en prison, tandis que, durant une nuit entière, les parents prient pour leur enfant. À l’aube, la fillette, prise de hoquet, commence à régurgiter des pelotes. Ce sont en fait les cinq démons, qui après avoir volé autour du feu, disparaissent. Et voici Louyse à nouveau saine de corps et d’esprit.

Henry Boguet démonologue

L’histoire de la possession de Louyse Maillat et le procès contre Françoise Secrétain qui suivit sont connus grâce à l’ouvrage de Henry Boguet Discours exécrable des Sorciers, dont la première édition date de 1602. Les pièces originales du procès de Françoise Secrétain, signées de la main de Henry Boguet, sont conservées à la bibliothèque municipale de Besançon (Ms 390, Fol. 19).

Henry Boguet est grand-juge de Franche-Comté et démonologue. C’est lui qui est en charge de l’instruction du procès.

Procès pour sorcellerie

Henry Boguet consigne le témoignage de Louyse, tout en indiquant que, bien que « fort jeune », l’enfant s’exprime comme si elle avait « trente à quarante ans ». Il raconte ensuite l’interrogatoire de Françoise Secrétain.

La détenue affirme qu’elle est innocente. Elle n’a de cesse de parler de la Vierge Marie, des saints et du Paradis. Elle possède un long chapelet, mais Henry Boguet remarque qu’il n’y a pas de croix, « du moins qui fut entière ». C’est pour lui un indice de sa culpabilité. En outre, elle ne verse aucune larme. C’est un autre indice de sa culpabilité. Le grand-juge note aussi que, lorsqu’elle parle, ses yeux fixent le sol, « ce qui est ordinaire aux sorciers ».

On lui enlève ses vêtements, à la recherche de la marque du Mal. On lui coupe les cheveux, pour lui faire avouer ses crimes. Françoise Secrétain, tremblant de tout son corps, finit par se confesser. Oui, elle a donné cinq démons à l’enfant, et elle-même s’est donnée au diable. Oui, elle s’est aussi rendue au sabbat en chevauchant un bâton blanc. Et Françoise Secrétain avoue bien d’autres crimes encore.

Pour Henry Boguet, le témoignage de l’enfant n’est pas suffisant pour emprisonner Françoise Secrétain. Mais il y a selon lui d’autres éléments à charge. D’abord, l’enfant a bien été possédée, et son témoignage n’a jamais varié. Ensuite, il y a les témoignages des parents. Et puis, Françoise Secrétain a avoué, et sa réputation est à prendre en compte…

Françoise Secrétain est donc reconnue coupable de sorcellerie. Pour elle ce sera le bûcher, « la mort ordinaire des sorciers ». Mais on la retrouve morte en prison, « je me doute que le Diable n’ait suffoqué notre sorcière », conclut Henry Boguet.

Nul ne sait ce qui a réellement causé la mort de Françoise Secrétain. De sa vie, les historiens ne connaissent que son « procès », et son nom.

En Europe, entre la fin du XVIe siècle et la fin du XVIIe siècle, des dizaines de milliers de personnes ont été exécutées pour sorcellerie. Aujourd’hui encore, leurs descendants tentent de leur rendre justice.

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