Le naufrage de la Beatrice et son trésor archéologique englouti

La Beatrice, navire battant pavillon britannique, disparut en mer en 1838 avec son précieux chargement.
Senau battant pavillon britannique, The Snow, Thames, in Two Positions off Harwich, by John Harwood, 1829-1830, – Sotheby, Public Domain.

En octobre 1838, la Beatrice disparaît en Méditerranée. Ce voilier marchand est surtout connu pour son chargement, un trésor de l’Antiquité découvert un an plus tôt dans une des plus célèbres pyramides d’Égypte.

1838, la Beatrice fait naufrage avec son trésor

Le XIXe siècle est celui des explorateurs, plus ou moins archéologues, et de la redécouverte des civilisations antiques de Méditerranée. C’est une époque où de nombreuses cités romaines et grecques, des comptoirs phéniciens, sont mis au jour sur tout le pourtour méditerranéen. En Égypte, les explorateurs européens comme Giovanni Battista Belzoni, Howard Vyse, John Shae Perring, explorent les tombeaux des pharaons à Louxor, à Gizeh.

Avec, ou sans, l’accord des autorités locales, les vestiges découverts enrichissent les collections privées et les plus grands musées du monde, lorsqu’ils parviennent à bon port. Les amoureux de l’Égypte ancienne connaissent l’histoire de la Beatrice, qui sombra en mer avec à son bord le sarcophage d’un des plus célèbres rois de l’Égypte antique.

Un insolite trésor archéologique au fond de la mer

Ce roi, c’est Menkaourê, mieux connu sous le nom de Mykérinos. Ce souverain de la IVe dynastie reposait dans la plus petite des trois grandes pyramides de Gizeh.

L’explorateur britannique Howard Vyse découvre son sarcophage le 1er août 1837, dans la chambre funéraire de granite creusée sous la pyramide. De la sépulture profanée dès l’Antiquité, il ne reste que la cuve du sarcophage, vide. Des fragments du couvercle sont éparpillés à proximité de la chambre funéraire. Le monument en basalte ne comporte aucune inscription mais présente une décoration dite à façade de palais.

Le sarcophage de Mykérinos disparaît après le naufrage de la Beatrice.
Sarcophage de Mykérinos avec sa décoration à façade de palais, par J.S. Perring dans Operations Carried on at the Pyramids of Gizeh in 1837, volume II, Londres, 1840.

Vyse prend la décision de l’envoyer au British Museum, car il craint sa destruction en le laissant dans la pyramide. Il le fait extraire, non sans peine. Le sarcophage est ensuite conduit à Alexandrie. À l’automne 1838, il prend place sur la Beatrice, un voilier marchand, qui d’après Vyse :

«  was supposed to have been lost off Carthagena, as she never was heard of after her departure from Leghorn on the 12th of October in that year, and some parts of the wreck were picked up near the former port ».

Howard Vyse, Operations Carried on at the Pyramids of Gizeh in 1837, volume II, Londres, 1840, p. 84.

Ainsi, après avoir quitté Livourne, en Toscane, la Beatrice aurait sombré au large des côtes espagnoles, près de Carthagène, où des débris auraient été retrouvés. Vyse ne donne aucune indication sur le sort de l’équipage et ne s’étend pas plus sur la perte du sarcophage. 

Le sarcophage de Mykérinos est-il perdu à jamais ? La zone du naufrage est sujette à débat.

Le naufrage de la Beatrice, une affaire non résolue

L’historien Paul Boughton a mené une enquête approfondie sur ce naufrage. Son article intitulé « The Lost Sarcophagus » est disponible sur le blog Egyptology News Network. Il présente le résultat de ses recherches archivistiques.

Il nous indique que la Beatrice était un snow, senau en français. C’est un voilier à deux mâts qui ressemble au brick. Construite en 1827, elle présentait une longueur d’environ 27 m (87 pieds et 9 pouces). Elle effectua plusieurs voyages entre Liverpool et Alexandrie entre 1830 et 1838, avec plusieurs escales, dont Gibraltar, Livourne et l’île de Malte. Ces différentes escales sont autant de pistes de recherche pour localiser l’épave de la Beatrice.

Quant à la cause du naufrage, elle reste hypothétique : une tempête, un orage, un mouvement de la cargaison ? Certains historiens affirment que l’équipage aurait survécu.

Cependant, Paul Boughton met en exergue que le capitaine de la Beatrice, Richard Mayle Whichelon, ne prit pas part au dernier voyage de son navire. Il quitta Alexandrie le 10 octobre 1838 à bord d’un autre bateau ; il meurt 20 ans plus tard en Angleterre. La composition de l’équipage et le commandement de la Beatrice lors de son naufrage demeurent donc une énigme.

Malgré plusieurs annonces, aucune exploration n’a été mise en place pour retrouver l’épave.

Pour rester sur la thématique des naufrages énigmatiques, poursuivez votre lecture avec notre article sur la J.C Cousins.

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